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Rembrandt van Rijn

Faust

1652

L’essence et l’informe. — Les œuvres suprêmes se reconnaissent à ceci qu’elles sont susceptibles d’une infinité d’interprétations : chaque siècle découvre des aspects nouveaux dans les dialogues de Platon, les sculptures du Parthénon, les toiles de Rembrandt, etc. Mais ces interprétations — si différentes, si imprévisibles qu’elles soient — ne sont jamais totalement arbitraires : elles gravitent toutes autour d’un centre invisible, d’un mystère évoqué plutôt qu’exprimé. — Différence avec le soi-disant symbolisme de certaines œuvres contemporaines. Là aussi, de multiples interprétations sont possibles, mais aucun fil invisible ne les relie. Toutes les interprétations sont gratuites en ce sens qu’elles dépendent uniquement de l’imagination et de l’humeur de celui qui interprète. On ne cerne pas une essence, on pose au hasard sa marque sur l’informe. Le « n’importe quoi » comme l’universel, l’innommable comme l’indicible permettent des discours infinis.

Faust

Collection: Cleveland Museum of Art (Purchase from the J. H. Wade Fund 1961.317)
Text: Gustave Thibon, Pensées inédites, 1950–1966


Posted: December 2017
Category: Academia

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