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Adolphe-Alexandre Dillens

La capture de Jeanne d’Arc

1851

Nous autres, nous avons depuis l’école vécu dans l’histoire de France, nous l’avons habitée familièrement, nous nous y sommes promenés comme dans un château de famille dont les moindres recoins nous eussent été connus. Ce n’est pas, comme on le répète, la génération actuelle qui est celle de l’image. C’était la nôtre, d’avant la photogravure, où des rois fainéants à Jeanne d’Arc, de Jeanne Hachette au Grand Ferré, des camisards aux chouans, tout a été buriné à jamais dans notre cœur : ces gravures des histoires de France d’autrefois, de médiocres peintres d’histoire, Paul Delaroche ou Alphonse de Neuville, les avait souvent inspirées ; cela ne les empêchait pas d’être chargées d’assez de poésie pour que nous en ayons vécu durant toute notre vie et pour que nous en vivions encore. Le fil conducteur, c’était la monarchie française. Quand il a été détruit, la nation a dû inventer, tirer d’elle-même de quoi servir de support à cette vocation éternelle qu’en ce moment de Gaulle incarne sous vos outrages. La foi en la nation ne comporte aucun désir de dominer sur les autres, mais nous interdit de nous laisser détourner par les plus puissants de faire ce que nous croyons être seuls à pouvoir faire. Ce n’est pas un complexe de supériorité auquel nous cédons ; mais nous croyons à notre singularité absolue, et que chaque nation est irremplaçable, et que la conscience qu’elles en ont, bien loin de les dresser les unes contre les autres, leur donne au contraire le sentiment de leur complémentarité.

La capture de Jeanne d’Arc

Collection: Rijksmuseum
Dimensions: 235 x 183 mm
Text: François Mauriac, Bloc-notes, 1968


Posted: August 2018
Category: Academia

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