ES

Philippe Muray

Après l’Histoire

2000

Le monde paysan est très certainement celui qui a subi, dans la période récente, le plus impitoyable martyre, et le plus révoltant. Toutes les humiliations, toutes les tortures, toutes les destructions possibles et imaginables lui sont infligées, depuis celles qui émanent de la redoutable Organisation mondiale du commerce jusqu’à d’insultants projets de désenclavage via des sites Internet ou la création imminente de cyberfermes. Récemment, et du haut de sa souveraineté assujettie, le Monde décrétait que l’univers agricole était « en retard sur l’Histoire » parce qu’il continuait à « raisonner en termes de produits et pas assez en termes de territoire-patrimoine collectif » ; et, à travers ce charabia, il était possible de comprendre que l’univers agricole n’était « en retard », peut-être (et non sur l’Histoire, bien entendu, mais sur ce qui lui succède), que parce qu’il continuait à raisonner tout court, ce qui le différenciait évidemment de toutes les peuplades médiatiques, publicitaires et autres qui donnent chaque jour l’atroce spectacle de leur sidération, de leur approbation sans réserve, de leur émerveillement et de leur agenouillement ahuris envers ce qui se présente de pire sous le label innovation.


Posted: April 2020
Category: Essays

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